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Pensées sur l’écriture de Joséphine et les grandes personnes
J’ai commencé l’écriture de cette pièce en pensant à la réalité des familles pendant la pandémie. Au plus fort du confinement, les enfants avaient peu d’échappatoires, ils étaient constamment confrontés aux drames de leurs parents. Pour certains, le confinement a dû créer de profonds traumatismes. Je m’inquiétais de ces enfants, je me réveillais et je pensais à eux, je les voyais laissés seuls à eux-mêmes, sans le filet social que peuvent être l’école ou la garderie, et je m’inquiétais. J’aurais voulu trouver une façon d’être utile, et face à l’impossibilité de les protéger, j’aurais voulu qu’ils sachent qu’ils étaient aimés, que quelque part au monde, au cœur d’une nuit ordinaire, je pensais à eux. Au fil de la pandémie, je réalisais aussi que la situation n’avait pas besoin de frôler l’horreur pour être marquante et bouleversante pour les tout-petits. Bref, les portes des maisons étaient closes, et j’aurais voulu savoir ce qui se passait derrière elles. Paradoxalement, je n’avais jamais vu autant d’enfants jouer sur le trottoir de ma rue. Le quartier leur appartenait de nouveau.
Où jouaient ces enfants avant la pandémie ? Avaient-ils le temps de jouer, entre l’école, le parascolaire… et la vie des adultes ?
Je me suis bien avouée que ces questionnements n’appartenaient pas à la pandémie mais au rythme de ma vie familiale. Nous, les grandes personnes, pandémie ou pas, sommes souvent préoccupées et prises dans la course de notre monde d’adulte... c’est parfois difficile de demeurer présents pour nos enfants.
J’ai écrit la pièce en pensant à la solitude des enfants dans l’univers bien construit des grandes personnes. Je n’ai pas voulu dépeindre une situation extrême de négligence non plus, pour laisser la place à tous de se retrouver. Je me suis énuméré les grands et petits drames que nous vivons, nous, les grandes personnes, et dont nos enfants reçoivent immanquablement le ressac. On ne peut le nier : les enfants vivent la vie des adultes, ils s’accordent à notre horaire et à nos déplacements, et sont témoins de nos contradictions. On leur demande d’être raisonnables, de se calmer, de ne pas crier, de sourire, mais nous, en sommes-nous toujours capables ? Qui sont réellement les grandes personnes ? Entre l’enfant et l’adulte, qui s’adapte le plus à l’autre ? J’ai imaginé le personnage de Joséphine, qui observe si bien les adultes : cette petite fille est drôle, énergique, créative. Elle offre des leçons de coaching aux enfants, pour leur apprendre à vivre avec les grandes personnes. Mais elle demeure une enfant, un peu démunie face à la peine de ses parents, face aux drames du monde et de la cour d’école. Elle a besoin d’être entendue, d’être vue, d’être guidée. De là le personnage de la Vieille, elle aussi un peu seule et oubliée, qui l’écoute et l’accompagne. Au fil de l’écriture, je me suis vite rendu compte que je me retrouvais complètement en Joséphine. Je me suis même souvenue qu’enfant, j’écrivais des petits contes au titre « Les aventures de Joséphine » ! Joséphine n’était nul autre qu’un alter ego de longue date. Ça peut paraître l’évidence pour le lecteur, mais je suis toujours un peu ébahie de constater que l’autrice se retrouve partout derrière ses petits stratagèmes de fictions. Bref, au fil de l’écriture, j’ai réalisé que j’étais cette petite fille qui tente d’être entendue, tout en refusant de l’aide, que j’étais celle qui cache sa peine en exposant sa colère. Mais comme je suis maintenant une grande personne, je me suis aussi retrouvée dans le personnage de la mère, que je voulais aimer et pardonner, tout comme j’essaie de le faire dans ma propre parentalité.
Marie-Hélène Larose-Truchon
À propos de l’autrice :
À sa sortie de l’École nationale de théâtre du Canada en écriture dramatique, Marie-Hélène Larose-Truchon gagne le concours « théâtre jeune public et la relève ». Ses pièces Minuit (Leméac) et Un Oiseau m’attend ont reçu des mentions au prix Gratien-Gélinas. Elle est la lauréate du prix Gratien-Gélinas 2021 pour sa pièce Le Jardin d’Éden. Elle est aussi l’autrice des pièces jeune public Crème-Glacée et Amande-Amandine toutes deux publiées chez L’Arche Éditeur. Sa plus récente pièce, La nuit du caribou, a été jouée à Bonaventure à l’été 2022. Ses pièces ont été produites par le Petit Théâtre de Sherbrooke, le Double Signe, le Théâtre la Seizième, le Théâtre de la Petite Marée et en France par Théâtre en scène et L’insomniaque cie. Elle enseigne un atelier d’écriture à l’École nationale de théâtre du Canada.
JOSÉPHINE, ET LES GRANDES PERSONNES
À partir de 8 ans
Samedi 18 avril 2026 à 15 h 00
50 minutes
Lieu : Berkeley Street Theatre
Tarifs : Régulier : 22.50 $ | Moins de 18 ans : 11.50 $ | Payez ce que vous voulez (10 $, 15 $ ou 20 $) le jour-même |
Billetterie: 416.534.6604 ou theatrefrancais.com